ROTHELIN (DE) (Charles d'Orléans, abbé), né le 5 août 1691, mort le 17 juillet 1744. Il était fils de Henri d'Orléans, marquis de Rothelin, issu du célèbre Dunois et de Gabrielle-Eléonore de Montault de Navailles, seconde fille du maréchal duc de Navailles. L'abbé Rothelin fut un des plus savants bibliophiles qui aient existé. Dès son enfance, il aimait les livres et les recherchait avec ardeur. Lorsqu'il put satisfaire sa passion dominante, il commença par ceux qui avaient trait à son état. Il rassembla les Bibles et les Liturgies en toutes sortes de langues, les ouvrages des Pères grecs et latins, ceux des Scholastiques et Canonistes, enfin ceux des Controversistes et des Hétérodoxes. Le tout formait un corps de théologie le plus complet et le plus nombreux qu'un particulier posséda jamais. Là se trouvait: l'édition originale de la Missa Latina, de Flaccus Illyricus; la Liturgie suédoise; l'ancien Missel anglican; le Mombritius de 1480; l'ouvrage de Servet, De Trinitate; tous les livres de Bernardin Ochin; la suite complète des écrits de Guillaume Postel; celle des ouvrages de Giordano Bruno; en un mot, tout ce que l'on pouvait rencontrer de plus rare, de plus curieux et de plus singulier dans toutes les sciences théologiques. Selon le témoignage du P. Lelong, une grande partie des manuscrits qui composaient la célèbre collection de Nicolas-Joseph Foucault passèrent dans celle de l'abbé Rothelin. En effet, dans son catalogue nous trouvons, comme ayant appartenu à l'ancien conseiller d'Etat, un recueil de pièces sur l'histoire, le droit public et l'administration de la France, formé d'environ 180 volumes in-folio, dont plus de 120 reliés en maroquin rouge; 13 volumes in-4° des "Chartes, titres et états concernant les bénéfices, abbayes et prieurés, etc..., du Cotantin, et autres lieux de Normandie", les Mémoires sur Vire; l'Histoire latine de Toustain Billy; les titres de la terre de Guillaume de Vernon; un Diogène; un Saint-Jérôme; un Josephe orné de splendides miniatures; la Bible de Charles V; le Missel de Sherbourne, qui l'emportait encore sur le Josephe, par la richesse et l'élégance des ornements, et que lui avait donné, en 1703, François Goyon de Matignon, évêque de Lisieux; les Cartulaires des abbayes d'Acey et de la Trinité de Caen. Enfin, les Heures si riches et si curieuses de René d'Anjou, que Foucault avait eues en don du duc de la Trémoille, et qui appartinrent ensuite à Cangé, à l'abbé de Rothelin, au duc de la Vallière, aujourd'hui à la Bibliothèque Impériale, où elles figurent sous le n° 17,332 du fonds latin. Quoique recherchant les bons ouvrages, les compositions rares et curieuses, manuscrites ou imprimées, l'abbé Rothelin ne négligeait ni les belles éditions, ni les belles reliures: chez lui le beau marchait de pair avec l'utile et le singulier. Il avait réuni dans sa Bibliothèque un grand nombre de livres en grand papier, réglés et lavés et habillés soit en veau, soit en maroquin, par des artistes tels que Boyer, Duseuil, Padeloup, Anguerran, etc. Ceux qu'il avait fait relier lui-même portaient sur les plats les armes ci-dessus. Cet amateur s'était en outre composé un cabinet dont la splendeur le disputait à celle de sa Bibliothèque. On y voyait une suite non interrompue de médailles impériales en argent, au nombre de 2,000 environ, depuis Pompée jusqu'aux derniers empereurs de Constantinople, plus de 300 médaillons impériaux, 400 médaillons de rois et de villes grecques, et près de 900 quinaires, dont quelques-uns en or. Il avait encore une série de 9,000 médailles impériales, petit-bronze, qu'il donna quelques mois avant sa mort. L'abbé Rothelin possédait aux environs de Paris une maison de campagne, dans laquelle il avait fait transporter une grande partie de ses richesses numismatiques et littéraires. C'est là, pour la plupart du temps, qu'il recevait les savants, que sa réputation d'antiquaire et de bibliophile attirait de tous les points de l'Europe. Cette résidence est décrite avec tant de charme et d'esprit dans les Lettres d'une jeune Veuve, 1769, p. 135, que nous ne pouvons résister au plaisir d'en faire part au lecteur: "Je ne la donnerois pas, cette maison, pour Versailles, Trianon, etc...; c'est le plus joli champêtre, le séjour le plus délicieux; point de ces jardins plats tirés à quatre épingles et de ces sottes figures qui vous offrent des fleurs sèches comme des pierres qu'elles sont; de ces petits enfants mal élevés... qui montrent leur cul croyant parer un parterre. Mais des allées sans savoir où elles vont, de la vue, point de vue, des recoins à cent lieues de l'univers, de l'ombre, du murmure, de toutes ces beautés qui font tant de bien à l'âme..." A la mort de cet illustre bibliophile, sa Bibliothèque fut vendue et dispersée. Presque tous ses manuscrits et un grand nombre de ses livres imprimés entrèrent à la Bibliothèque Impériale. Quant au médailler, - excepté les petits-bronzes, - il passa tout entier dans le musée de l'Escurial.
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